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OPUS 13 dialogue des amants, poèmes par Arnoldo Feuer (1ère partie)

 

Arnoldo Feuer

 

 

 

OPUS 13

dialogue des amants

 

poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 I

au bleu au noir

les mots auxquels je ne croirai plus

ceux de ta bouche

devenus blancs

dès le premier orage

et pardon au chèvrefeuille

à l’averse à la nuit 

 

 

 1

 

du temps qui nous est donné

la signature mendiée sur les lèvres

garde-toi de la répétition

garde-toi de croire

l’offrande n’a pas de contrat

elle est nue et vierge et pâle

peut-être irons-nous ainsi

 

 

 II

 

délivrance entrevue

rire ouvert

premiers gestes

d’avant le comptage du temps

nous faut-il être ainsi criblés d’éclats

au sillage de promesses soufflées

et rallumées 

 

 

 2

 

lectrice en avant de tes doigts

j’ose

annoncer la cicatrice

l’arbre creux où naissent

les suppliques imprononcées de l’été

et toi l’esprit fort tu y délaisseras

même l’intuition

 

 

 III

 

toi qui te dénoues

combien m’accorderas-tu

de paroles manquées

avant d’apposer tes paumes

je te traverse telle un paysage impossible

à contenir

qui dit ma place et mon nom

 

 

 3

 

viens alors

en cet acquiescement continu

l’obligation des yeux ouverts

sur notre fragilité

lumière au ventre

dans l’attente des larmes

ou d’une déchirure

 

 

 IV

 

mais aussi les jours

d’alcool doré

densité encore à venir

de tutoiements et de malheur

l’apostrophe incertaine et double

où nous pourrons craindre de trouver

le sens d’un mot sans origine

 

 

 4

 

ne crains que l’hésitation

qui n’enseigne rien du don

et de l’élan

fuis la pensée avaricieuse

de l’arrêt

ou plutôt sans fuir

laisse ta pensée courir le chemin du corps

 

 

 V

 

pauvre vie coulée

dans les masques subterfuges

où pour des compagnons imprécis

glissent des murmures de théâtre

ce peu de cire et de plumes

chaque jour notre demeure

bientôt nous en ferons l’inventaire

 

 

 5

 

sans compter surtout

ni les jours ni les figures

tous les repères où se fonde

une géométrie

sache attendre qu’un champ de neige

te mesure toi

et j’y serai

 

 

 VI

 

abandon du savoir

pour les sentiments de la rupture

libres de mots

c’est l’été boxeur dans les cordes tendues

nous nous révélons

au versant noir des certitudes

au flanc éclatant de notre lutte intime

 

 

 6

 

mots encore

malgré les dénonciations de la chair

qu’ils restent à distance

gardiens de tant de vent

dents pointues sur les consonnes sifflantes

et je te lécherai

avec mes seuls yeux

 

 

 VII

 

salon du vif silence

celui qui rejoint les lectures ténues

avant de nous pencher

sur les laines violentes

dans le même souci désirant

 il faut oser non

la soumission des dents aux dents

 

 

 7

 

non pas ta pensée

que tu laisseras informulée

dans le déficit du vocabulaire

impatiente sous les arabesques

rétive contre mes propres mots

mais tes élans

eux seuls 

 

 

 VIII

 

pour de défuntes étoiles

et la rumeur du feuillage

nous dispersons l’instant accordé

attendant qu’à notre tour

l’heure nous dissémine

sans ciller

tu poursuis cet horizon

  

 

 8

 

aube

cérémonie d’abandon

des paupières fardées de semence

j’avance instinctive avec le goût de ta verge levée

devant moi toi

qui n’as rien appris

pas même une vraie douleur

 

 

 IX

 

quant aux mots cachés de la prédiction

mots-valises et légers bagages

dans notre déroute

ils témoigneront malgré tout

de l’arrachement

eux-mêmes volés

dans une de nos préhistoires

 

 

 9

 

trop de prudence et d’attente

pour des gestes simples

jour après jour

tu seras ainsi piégé

par d’insignifiants fanaux

à peine des lueurs

à la merci de ton propre désordre

 

 

 X

 

celle qui ouvre tous les tiroirs

pour me dépouiller

de ce que j’aurais pu cacher

entre l’argenterie oxydée et les encriers vides

celle qui tremble plus fort que le plaisir

et m’investit de son tremblement

comment la rejoindre

  

 

 10

 

rêveur

à quelle distance iras-tu chercher

ton abandon

et sous quel masque pâli

rêvé

entre mes jambes

si proche

 

 

 XI

 

secret pilote

de mon impatience

tu me donnes un cheveu

à mâcher

telle une ligne de fond prise à ma langue

et tu me remontes

avec ma parole paralytique

 

 

 11

 

si faible dis-tu

toi qui me gouvernes

d’un unique frôlement

ah je te couvrirai

de tous mes cheveux

et ne te demanderai

pas même un cri
 

  

XII

 

deux gouttes de sueur lappées

au creux de ton aisselle rasée

et j’intègre ton ordre

comme une félicité de noyé

submergé d’oxygène

je me rassemble et en toi

me dilue encore

 

 

 12

 

bouche dans ma chaleur

réserve de ciel

je peux te prendre

presque transparent

toi qui fuis l’enclos des choses muettes

et fais s’éveiller les brisures

je veux oui t’accompagner


 

.../...


Déc. 1986-Déc. 2011

© Arnoldo Feuer