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OPUS 13 dialogue des amants, poèmes par Arnoldo Feuer (2ème partie)

 

 

 

 XIII

 

juste de très légères griffures

pas assez pour mériter

d’être appelées ridules

ces caresse que le temps

nous réserve encore

nous y allons sans même

le sens du sacrifice

 

 

 13

 

à tant vouloir raisonner ce que nous sommes

tu t’épuises à filtrer l’infime

et t’acharnes

sur le profil de l’ombre

mes doigts déliés

je te les accorde

sans le justifier

 

 

 XIV

 

couché dans ses forêts

l’été des verriers nous gâche

avec ses pâtes siliceuses

pétrit les corps exténués

et malaxe jusqu’aux minimes soupirs

il nous recherche translucides

nous les toujours opaques à peine respirant

 

 

 14

 

il serait temps de répudier

la métaphore

se haler vers un bord dépourvu d’évidence

tu pourras me précéder

qui visiteras les arbres en deuil

et les cryptes noyées

tu sauras aussi parler de nos abandons

 

 

 XV

 

un jour d’absence

une semaine d’éloignement

nous tirent des fils hors de 

la mémoire plane

tu y consens aussi

à cette nerveuse pelote

de ta vie détissée

 

 

 15

 

à coup sûr la ressemblance

selon toi

qui ne dédaignerait joueur

t’affranchir du hasard quelle erreur

il te faudra un départ ou deux

et tu sauras un peu mieux 

ce que tu me coûtes

 

 

 XVI

 

quand bien même ce ne serait

qu’une seule fois

ta robe dégraphée

aurait le sourire de la constance

et quelle gravité à ce tissu léger

qui te quitte

et m’arrime

 

 

 16

 

fixes

ce rêve que tu fais de nous

au milieu de notre liberté

tu écoutes ta voix proférer cette énormité

murmure de ferraille qui

te fait tressaillir

ensemble non pas fixes mais déplacés

 

 

 XVII

 

ne me délivre de rien

les liens que tu

déferas

même avec insouciance et dédain

je m’en couvrirai

pour te rejoindre

à travers les dernières cendres

 

 

 17

 

toi qui me crois forte
peux-tu concevoir le deuil

qui est ma demeure

tu y viens encore et encore

territoire sans maître

où je te cède

tout ce que tu me rends

 

 

 XVIII

 

tendre métal en ton emprise

déverse je te prie

de tout ton être

l’eau-forte qui me creuse et me modèle

entame d’une seule éraflure

aussi fine que les cheveux de tes tempes

l’accès de l’âme barricadée

 

 

 18

 

à peine pelure de bouleau

enroulée sur un doigt d’air je tremble

à tes mains et j’exulte

pour une simple paillette

ensemble nous trouverons la grâce

de nous défaire des mots scellés

et seuls les refus nous seront comptés

 

 

 XIX

 

femme de l’incessante visitation

tu t’absentes de tout avenir

exerçant tes dents

là où ma langue te mâche et te perpétue

femme de la connaissance

non signée

qui donnes ta forme à l’évasion

 

 

 19

 

misérables travaux d’arpentage

en quoi cerneraient-ils

la source de ton désir toi

voyeur pétri d’arithmétique

qui te livres au flot

d’où je t’appelle

tu le sauras contenir n’a pas d’être

 

 

 XX

 

avec le crépuscule il le faudra

je peindrai mon visage

de barres véhémentes

les couleurs de la reddition mêlées de sel

loin de ton flanc j’irai

vacant désarmé

dans l’inconcevable écho de tes caresses

 

 

 20

 

ni aux larmes ni à l’exil

je ne veux soumettre

la moindre parcelle

pour toi je ramasserai

tous les fragments de ta guerre au temps

avec les échardes

de mon propre combat

 

 

 XXI

 

entre tes mains palimpseste

vivant je m’accomplis m’effaçant

attentif à recueillir

de toi de nous ce qui dans l’instant

sera gratté

à tes ongles restitué en ta salive dilué

notre vérité de chaque seconde

 

 

 21

 

ô la vanité de ce broyage d’amandes

amères

ce que tu crois capter de nous

et veux en retenir

toi l’enregistreur dont la fidélité

outrepasse ton entendement

tu nous réduirais à être deux

 

 

 XXII

 

plus le soleil que son reflet

nous y déployons nos corps

écartés du commeil

et attentifs

contre l’effacement de l’émoi

corps où s’imprime la reconnaissance secrète

quand notre ordre enfin se fonde

 

 

 22

 

oui tendus vers

ce lieu d’équilibre que nous soupçonnons

au-delà de la rupture

la soudaine présence d’un mot

caché

et c’est le miroir

notre clair péril

 

 

 XXIII

 

outre

pour un paysage de vitres fracassées

le chemin inachevé

que de tous nos doigts

nous frayons à l’abolition des images

le morceau de ciel qui m’est donné

à déchiffrer

 

 

 23

 

tant et tant nous nous serons écartés

du vouloir et l’aurons satisfait

tant nous serons précipités

sitôt pris pat l’immobile
que c’est ici un autre rêve

où briser enfin le bloc des mots écrits

en un milliard de souffles mêlés

 

 

 QUARANTE-SEPT


à double voix le choeur

de la trève ouverte

ces accrocs sonores de pas parallèles

entre des rangées de pilastres en sommeil

et l’exaltation d’un murmure dans la lumière

oblique

révèle le double visage de l’oeuvre





Déc. 1986-Déc. 2011

© Arnoldo Feuer